Qu’est-ce que le syndrome de Gilbert ?
Le syndrome de Gilbert doit son nom au gastro-entérologue français Nicolas Augustin Gilbert, qui l’a décrit en 1901.
Il s’agit d’une variation génétique bénigne du fonctionnement du foie.
Point essentiel :
-
il n’endommage pas le foie,
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n’évolue ni vers une cirrhose ni vers un cancer,
-
et n’a aucun impact négatif sur l’espérance de vie.
On peut le comparer à un trait héréditaire, au même titre que la couleur des yeux.
Le syndrome de Gilbert est d’ailleurs loin d’être rare : il concerne 3 à 10 % de la population, selon les origines.
Comment se transmet le syndrome de Gilbert ?
Le syndrome de Gilbert est une particularité génétique transmise par les parents.
Concrètement, il apparaît lorsque l’on hérite de deux versions légèrement modifiées d’un même gène, l’une venant du père, l’autre de la mère. C’est ce qu’on appelle une transmission autosomique récessive.
Cela signifie deux choses simples :
d’une part, le gène concerné n’est pas lié au genre, hommes et femmes peuvent donc être concernés de la même manière.
D’autre part, porter une seule copie modifiée du gène ne suffit généralement pas à développer le syndrome. Beaucoup de personnes sont ainsi porteuses sans jamais le savoir.
Quels sont les symptômes
- Jaunisse
- Les maux de tête
- Le manque d’appétit
- Les nausées
- Les flatulences
- La constipation
- Les éructations
- Les vomissements
- La dépression
- Une difficulté de concentration
- Le syndrome du côlon irritable
Les facteurs déclencheurs des symptômes
- Une mauvaise hygiène alimentaire
- Le stress
- La fatigue
- Des exercices physiques trop intenses
- Le jeûne
- Les périodes menstruelles (pour le femmes)
- Une intervention chirurgicale
- Une pathologie infectieuse
- Certains médicaments (particulièrement les anti-inflammatoire)
Ce qui se passe dans le corps
Le syndrome de Gilbert n’est pas une maladie du foie. Il correspond à une particularité de son fonctionnement, liée à une activité enzymatique plus lente.
Le foie agit comme une grande station de régulation. Il transforme les nutriments, recycle les hormones arrivées en fin de cycle, élimine les déchets issus du renouvellement cellulaire et neutralise de nombreuses substances venues de l’alimentation ou de l’environnement.
Pour accomplir tout cela, il s’appuie sur des enzymes qui accélèrent les réactions chimiques indispensables à la vie. Sans elles, ces réactions seraient trop lentes pour permettre à l’organisme de fonctionner correctement.
Chez les personnes atteintes du syndrome de Gilbert, l’une de ces enzymes, appelée UGT1A1, est simplement moins active.
Résultat : une voie précise de transformation, appelée glucuronidation, fonctionne plus lentement que la moyenne, généralement autour de 30 à 50 % de son activité habituelle.
Les impacts d’une glucuronidation ralentie
SUBSTANCES CONCERNÉES
Bilirubine
Bilirubine plus élevée, jaunisse intermittente (yeux ou peau légèrement jaunes)
Hormones sexuels
(œstrogènes, progestérone, testostérone)
Certaines molécules et hormones liées au rythme biologique
(mélatonine, thyroxine)
Médicaments
(paracétamol, aspirine, certains AINS, antidépresseurs, anesthésiques, certains anticancéreux)
Alcool
Composés issus des fumées et cuissons
(grillades, fumée de cigarette ou de bois, viandes transformées)
Certaines toxines fongiques et moisissures
Digestion des graisses plus sensible, assimilation parfois réduite des vitamines liposolubles (A, D, E, K).
Pourquoi les effets du syndrome de Gilbert varient autant d’une personne à l’autre ?
Le syndrome de Gilbert ne s’exprime pas de la même manière chez tout le monde.
Plusieurs facteurs se combinent et expliquent cette grande variabilité.
Glucuronidation individuel
L’activité de la glucuronidation varie selon les personnes (30 à 50 %), ce qui influence la tolérance au stress, aux excès et à certaines substances.
Mode de vie et environnement
Stress, sommeil, alimentation, alcool, médicaments ou polluants augmentent la charge métabolique du foie.
Autres variations génétique
D’autres variations génétiques courantes peuvent ajouter une contrainte supplémentaire au travail du foie.
Le syndrome de Gilbert repose sur une variation génétique bien identifiée, mais il ne s’exprime jamais isolément.
Il s’inscrit dans un ensemble plus large : celui du fonctionnement global du foie et du métabolisme, qui dépend de nombreux gènes.
Notre ADN comporte une multitude de petites variations génétiques courantes. Elles sont très répandues dans la population : selon les gènes et les origines, 10 à 70 % des personnes peuvent en porter au moins une.
Dans la grande majorité des cas, ces variations sont parfaitement bien tolérées et passent inaperçues.
Cependant, certaines d’entre elles concernent directement des fonctions proches de celles déjà sollicitées dans le syndrome de Gilbert :
– la gestion de certains nutriments,
– le métabolisme des graisses,
– la régulation hormonale,
– ou la réponse au stress.
Lorsqu’une personne présente à la fois une glucuronidation ralentie (syndrome de Gilbert) et une ou plusieurs de ces variations, le foie doit composer avec plusieurs contraintes légères mais simultanées.
Concrètement, cela peut se traduire par :
-
une dépendance accrue à certains apports nutritionnels,
-
une tolérance plus variable aux graisses ou aux excès alimentaires,
-
une sensibilité plus marquée au stress ou aux périodes de fatigue prolongée.
Pris isolément, ces facteurs sont souvent sans conséquence.
Mais combinés, ils permettent de comprendre pourquoi le syndrome de Gilbert est vécu de façon très différente d’une personne à l’autre.
C’est souvent cette addition de facteurs, bien plus que le syndrome de Gilbert seul, qui explique la diversité des expériences.
Sources
• The Genetic Basis of Reduced Expression of Bilirubin UDP-Glucuronosyltransferase 1 in Gilbert’s Syndrome
Auteur(s) : P.J. Bosma et al. (1995)
Lien : https://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJM199511023331802 (New England Journal of Medicine)
• Genetic Variation in the Bilirubin UDP-Glucuronosyltransferase Gene Promoter and Gilbert’s Syndrome
Auteur(s) : G. Monaghan et al. (1996)
Lien : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/8596380/ (PubMed)
• Diagnostic Criteria and Contributors to Gilbert’s Syndrome
Auteur(s) : K.-H. Wagner et al. (2018)
Lien : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/29390925/(PubMed)
• Bilirubin in Clinical Practice: A Review
Auteur(s) : J. Fevery (2008)
Lien : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/18433389/ (PubMed)
• The Frequency, Clinical Course, and Health-Related Quality of Life in Adults with Gilbert’s Syndrome
Auteur(s) : S. Kamal et al. (2019)
Lien : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/30717703/ (PubMed)
• The Clinical Application of UGT1A1 Pharmacogenetic Testing: Gene–Environment Interactions
Auteur(s) : S. Correia Marques & O.N. Ikediobi (2010)
Lien : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/20511137/ (PubMed)
• Common Genetic Polymorphisms Affect the Human Requirement for the Nutrient Choline
Auteur(s) : K.-A. da Costa et al. (2006)
Lien : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/16816108/ (PubMed)
• Global Variation in the Frequencies of Functionally Different COMT Alleles
Auteur(s) : M.A. Palmatier et al. (1999)
Lien : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/10459407/(PubMed)
• Ethnogeographic Prevalence of MTHFR Polymorphisms
Auteur(s) : J.S. Graydon et al. (2019)
Lien : https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC6630484/ (PubMed)